Une mémoire commune ...
Quand on regarde une œuvre de Muriel Abadie, on a l'impression d'être confronté à un souvenir. Non pas que nous ayons déjà vu les objets qu'elle représente mais la façon de les peindre nous donne la sensation qu'ils ont cheminé longtemps déjà dans notre mémoire, on serait tenté de dire qu'ils nous sont familiers, qu'ils appartiennent à notre mémoire commune de l'objet.
Passoire, machine à coudre, fer à repasser, l'artiste représente souvent des objets d'un modèle désuet. On pourrait voir là une nostalgie de temps ancien, mais ces objets vivent ici maintenant. Si l'artiste préfère représenter un presse-citron manuel que son alter-ego électrique, c'est par un choix de vie. Ce qu'elle constitue œuvre après œuvre, objet après objet, c'est son cadre de vie idéal. Un manifeste de l'objet idéal, chaleureux, un manifeste contre la mode qui tue les objets que nous aimions en les rendant "ringards".
Une évidence frappe à la contemplation de l'ensemble des œuvres, chaque objet est présenté seul. Ce qui perce ici, c'est la grande solitude de l'objet. Mais il y gagne en puissance et on sent l'amour que l'artiste éprouve pour chacun. Pour chaque œuvre, de même que l'on parle d'enfant unique, on serait tenté de parler d'objet unique.

Michel Sabas